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Drapeau national algérien et emblème culturel et identitaire amaziɣ nord-africain

Drapeau national algérien et emblème culturel et identitaire amaziɣ nord-africain

Atmane Mazouz pour Ultra Algérie « l’unité ne se construit pas par l’effacement des différences mais par leur reconnaissance dans un cadre républicain commun. »

1- Que pensez-vous de l’interdiction pour les partis politiques d’utiliser un autre drapeau que le drapeau national et de hisser tout autre drapeau à côté de celui-ci ?

Atmane Mazouz :

La question de l’interdiction faite aux partis politiques d’utiliser ou de hisser un autre drapeau que le drapeau national renvoie à un débat plus profond : celui de la conception de la nation, de la pluralité identitaire et de la liberté d’expression politique. Dans la tradition politique du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et dans mes interventions , cette problématique est souvent abordée à partir d’un principe central : l’unité nationale ne se décrète pas par l’interdiction, elle se construit par la reconnaissance et l’inclusion.

Sur l’interdiction d’utiliser un autre drapeau que le drapeau national est évidemment le symbole premier de la souveraineté et de l’unité de l’État. Aucun parti démocratique sérieux ne conteste cette centralité. Le RCD a toujours affirmé son attachement au drapeau national comme symbole de la lutte pour l’indépendance et de la continuité de l’État.

Cependant, interdire aux partis politiques d’utiliser ou d’exposer d’autres symboles, notamment culturels ou identitaires, pose un problème de fond. Dans une société plurielle comme l’Algérie, l’expression de la diversité culturelle -par exemple à travers des symboles amazighs- n’est pas une remise en cause de la nation, mais au contraire l’expression d’une richesse constitutive de celle-ci.

Dans cette perspective, l’interdiction peut apparaître comme une mesure défensive d’un pouvoir qui confond unité nationale et uniformité imposée. Or l’histoire politique algérienne montre que chaque fois que l’État a voulu nier la pluralité identitaire, cela a produit des tensions plutôt que de la cohésion.

2. Cette interdiction limite-t-elle la liberté d’expression des partis ?

D’un point de vue démocratique, oui, cette règle soulève un problème de liberté politique.

Les partis ne sont pas seulement des structures électorales ; ils sont aussi des espaces d’expression idéologique, culturelle et sociétale. Restreindre les symboles qu’ils peuvent utiliser revient indirectement à restreindre une partie de leur message politique.

Dans plusieurs prises de position, j’ai rappelé que la démocratie ne se limite pas à l’organisation d’élections. Elle suppose aussi la liberté d’exprimer des visions différentes de l’identité nationale, de la culture et de l’avenir du pays.

Lorsque l’État décide quels symboles sont légitimes et lesquels ne le sont pas, il franchit une ligne délicate : celle où l’autorité administrative commence à encadrer l’expression politique. Pour un parti démocratique comme le RCD, la maturité d’une nation se mesure justement à sa capacité à tolérer la pluralité des symboles et des expressions.

3. Cette règle renforce-t-elle réellement l’unité nationale ?

L’argument officiel avancé est celui de la protection de l’unité nationale. Mais l’expérience historique montre que l’unité imposée par l’interdiction est souvent fragile.

Le RCD défend depuis longtemps l’idée que l’unité nationale algérienne repose sur trois piliers :

la souveraineté de l’État,

la démocratie politique,

et la reconnaissance pleine de l’identité plurielle du pays.

Dans cette vision, le drapeau national n’est pas menacé par la coexistence d’autres symboles culturels. Au contraire, lorsque les citoyens peuvent exprimer librement leurs appartenances culturelles ou linguistiques, ils se sentent davantage inclus dans le projet national.

Autrement dit, l’unité ne se construit pas par l’effacement des différences mais par leur reconnaissance dans un cadre républicain commun.

Dans la lecture politique portée par le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie et, que je rappelle souvent, la défense du drapeau national est légitime et nécessaire. Mais la protection de ce symbole ne doit pas devenir un instrument de restriction des libertés politiques ou culturelles.

Une nation sûre d’elle-même n’a pas peur des symboles multiples.

Elle sait que la véritable unité nationale naît de la démocratie, de la liberté et de la reconnaissance de toutes les composantes de l’identité algérienne. »

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