
La nouvelle loi minière, récemment adoptée par les deux chambres du Parlement, continue de susciter l’« indignation » et l’« inquiétude » de centaines formations politiques, lesquelles voient en elle, une « prédation manifeste » des ressources naturelles du pays.
Ainsi, trois formations politiques, à savoir le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), le Parti des Travailleurs (PT) et Jil Jadid, viennent de publier un communiqué commun dans lequel, ils exigeant l’ « intervention urgente » du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, afin de « geler » cette loi qu’ils qualifient d’« anticonstitutionnelle et antinationale » en s’abstenant de la promulguer.
La « souveraineté nationale écornée »
En effet, dans un long communiqué diffusé ce samedi 26 juillet 2025, ces partis politiques qui se disent mus par l’esprit de responsabilité et l’attachement aux intérêts du pays, ont décidé d’« unir nos efforts pour alerter l’opinion publique » sur un développement législatif et politique qu’ils considèrent « néfaste » pour le pays et « les générations à venir », écrivent-ils en préambule. « Nous sommes profondément inquiets de cette modification fondamentale et brutale dans l’orientation qui régit le secteur des mines, car elle est contraire aux intérêts nationaux », dénoncent-ils.
Pour ces trois formations politiques, la nouvelle loi minière « supprime le caractère stratégique de ce secteur », soutiennent-ils, tout en affirmant au passage que cette loi, laquelle a été défendue bec et ongle par le ministre de l’Énergie et des mines, Mohamed Arkab, affecte la souveraineté de l’État « incarnée par la règle 51/49, qui consacrait néanmoins une ouverture partielle du secteur, en 2014 dans le cadre de la renationalisation des mines après treize ans de pillage étranger ».
Mieux, le RCD, le PT et Jil Jadid, estiment que la nouvelle loi minière « extrait le secteur des mines de la propriété collective de la nation, pourtant inaliénable, telle qu’énoncée dans l’article 20 de la Constitution. Désormais, selon cette loi, l’exploitation des mines se fera sur la base d’un partenariat accordant jusqu’à 80% des parts aux partenaires privés étrangers, alors que la partie algérienne étatique ne pourra détenir qu’à partir de 20% des parts », font remarquer les signataires dudit document.
Une « dénationalisation » des richesses du pays décriée
Pour ce triumvirat politique, la nouvelle loi minière consacre un double danger pour le pays, à savoir la « dénationalisation » et la « privatisation » du secteur stratégique des mines, et ce, accusent-ils en « violation » de la Constitution. «L’expérience de la dénationalisation des mines, exécutée par Chakib Khelil en avril 2001, l’a prouvé : elle a légalisé le pillage étranger, comme cela s’est produit avec les mines de Ouenza et Boukhadra à Tébessa par Mittal Steel puis ArcelorMittal, ainsi que la mine d’or d’Amesmessa à Tamanrasset par la société australienne GMA», rappellent ces formations politiques, tout en soulignant le fait que ces «pseudo-investisseurs», ont selon leurs dires, orchestré un «siphonage criminel» des richesses minières du pays des fonds publics. « C’est une dénationalisation, car que vaut la propriété de la terre sans les richesses qu’elle recèle, devant être livrées sans limites aux intérêts étrangers ? Pourquoi priver notre pays d’une richesse inestimable, salvatrice pour plusieurs générations ?», se sont interrogées ces formations politiques.
« De plus, nous savons d’expérience que la dénationalisation des mines entraînera automatiquement celle des hydrocarbures, comme cela s’est produit en 2005. Une telle situation de récession plongerait fatalement le pays dans un retour à l’endettement extérieur, liquidant tous les acquis socio-économiques et anéantissant les chances d’un développement économique véritable, créateur de richesses et porteur de réelles perspectives de bien-être social pour le peuple en général, et la jeunesse en particulier. Ce développement serait pourtant porteur de paix durable et d’immunité pour notre pays, par le raffermissement du tissu social national », précisent les auteurs de cette missive adressée au chef de l’État.
Une modification législative « régressive »
Dans la foulée, ces formations présidées respectivement par Atman Mazouz, Louisa Hanoune et Sofiane Djilali, soulignent que cette modification législative « régressive » intervient selon elles, dans un contexte mondial dans lequel la « prédation des richesses minières » est érigée en « système au profit des multinationales et au détriment des pays producteurs ». « Cette politique de rapport de force imposée à tous les pays ne peut être déjouée que par un débat le plus large possible, afin d’aboutir au consensus nécessaire sur les questions qui dessinent notre avenir », préconisent ces partis qui ont décidé de mettre de côté leurs divergences partisanes, pour affirment-ils défendre « l’intérêt suprême » de l’Algérie.
Enfin, ces partis politiques, rappellent et soulignent qu’en 2025, l’Algérie n’est pas étranglée par une dette extérieure et ne dépend d’aucune aide étrangère. Il jouit donc d’une indépendance financière qui lui garantit une souveraineté de décision. « Nous sommes donc en droit de nous interroger sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à prôner une telle politique, d’autant que le candidat Abdelmadjid Tebboune aux élections présidentielles ne s’était pas prononcé dans son programme électoral sur de telles concessions de souveraineté. Il en est de même pour les parlementaires qui, dans leur grande majorité, ont approuvé la loi », s’interrogent-ils.
Pour ces formations politiques, il est « nécessaire » de rappeler que ces richesses sont la propriété exclusive du peuple algérien, en tant que composante de la propriété collective de la nation, inaliénable. « C’est pourquoi, nous, partis patriotes, avant tout soucieux du sort de notre pays, dans un monde de plus en plus instable et lourd de dangers, alertons l’ensemble des Algériennes et des Algériens, et demandons au président de la République, en sa qualité de garant de la Constitution, de geler cette loi anticonstitutionnelle et antinationale en s’abstenant de la promulguer », exhortent-ils.
Source : https://just-infodz.com/loi-miniere-le-rcd-le-pt-et-jil-el-jadid-interpellent-le-president-tebboune