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La chute du dinar
Auteur: Nadir Hammouche, Secrétaire national à la PME/PMI
Publié: 30/04/09
Depuis quelques semaines le dinar connait une forte baisse. notre monnaie a perdu de sa valeur après avoir atteint des cotations de 1 euro pour 86 dinars en octobre dernier puis à la fin du mois de février. Elle a frôlé le seuil psychologique d’un euro pour 100 dinars la semaine du 03 au 10 avril. Les importateurs n’ont pas encore répercuté cette « inflation par le taux de change », mais les domiciliations bancaires pour les importations du mois d’avril donneront des prix plus élevés des produits distribués dans huit à dix semaines, le délai moyen de la mise sur le marché. La chute de la valeur du dinar a pris le marché à contre-pied après un deuxième semestre 2008 ou la tendance était au raffermissement du dinar face aux deux principales devises du commerce extérieur algérien. Ainsi après une moyenne du taux au 1er trimestre 2008 de 100 dinars pour un euro, le dinar s’est sensiblement redressé en seconde moitié d’année pour afficher 92 dinars pour un euro en moyenne du troisième trimestre. Certains opérateurs parmi les plus avertis comme les distributeurs d’automobile ont anticipé la poursuite du redressement du dinar en 2009 et l’ont inclue en réduisant leurs marges dans les prévisions.
L’accès de faiblesse du dinar est complet avec une chute également sur le marché parallèle ou continue de se financer une part, certes déclinante, mais toujours significative des transactions : petites importations au noir, évasion fiscale, voyages, opérations de services non couvertes par la banque d’Algérie, etc.… l’euro a atteint la barre des 125 dinars cette semaine. Il était redescendu à 94 dinars lorsque, en octobre dernier, le taux officiel en banque était à 87 dinars pour un euro.
La baisse significative de la parité du dinar a d’autant surpris les acteurs de marché qu’à l’automne le FMI avait exercé des « pressions amicales » sur l’Algérie pour qu’elle laisse la valeur du dinar s’apprécier compte tenu des réserves de change accumulés après la montée des cours du pétrole. La banque d’Algérie avait répliqué d’un communiqué homérique qui affirmait en substance que la valeur du dinar était proche de la réalité des performances de l’économie algérienne. « La banque d’Algérie qui comme chacun le sait manipule le flottement du dinar supposé donner sa valeur, a appliqué les recommandations du FMI, mais en sens inverse. Elle n’a pas donné au dinar sa juste valeur quand il y’avait les excédents en devises, mais elle l’a laissé pour son sort depuis la chute des prix du pétrole.
Les explications de « cette option » du dinar « encore plus faible » ne sont pas encore claires pour les observateurs. Pour le marché parallèle, nous savons qu’il est moins approvisionné en euros à cause de la crise mondiale, les transferts des non résidents ont sérieusement baissé et l’équilibre entre l’offre de l’euro et les porteurs de dinars s’est rompu.
Dans le cas du taux officiel, c’est l’incompréhension. L’Algérie a importé pour environ 39 milliards de dollars de biens en 2008. La parité du dinar détermine le prix de vente final de l’équivalent de plus de 18 milliards de dollars de biens destinés soient à la revente en l’état soit au traitement: agro-alimentaire, médicaments, automobiles, électroniques, demi-produits et matières premières. La baisse de la valeur du dinar arrange les affaires du gouvernement sur le front de l’équilibre budgétaire. La fiscalité pétrolière dégagera 10% de plus avec l’actuel contre valeur en dinar si elle devait s’installer dans la durée de l’année 2009. Cela est une réponse de courte vue face à la baisse des cours du pétrole, car dans le même temps les salaires seront durement frappés par l’inflation importée. Pressés de réévaluer le dinar, les autorités algériennes avaient également cité la volonté de rester compétitif avec un dinar sous-évalué pour attirer les investisseurs étrangers. Le débat est retombé entre partisans d’un dinar réévalué pour soulager les algériens et ceux d’un dinar faible pour soutenir les investisseurs étrangers.