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Lettre à Saïd Sadi Auteur: Publié: 06/05/10 Il m’arrive, quand les circonstances l’exigent, de
m’adresser par voie de presse à des personnes, indifféremment de leurs
fonctions ou de leur adresse philosophique, idéologique ou partisane,
impliquant des faits et événements de la guerre de Libération nationale
et qui dépasse et de loin nos cercles de pensées même si nous partageons
un ensemble de valeurs humanistes. Nos chemins ne se sont pas
entre-croisés même si nos parcours personnels ont connu des similitudes.
Vous avez connu la prison pour vos idées, je l’ai aussi connue une
vingtaine d’années avant vous. N’ayant pas la même verve discursive
qui vous caractérise, je voudrais simplement vous dire que je partage
avec vous l’intérêt porté aux choses de l’histoire. Ni vous ni moi
sommes historiens de métier. Vous avez parfaitement le droit et le
devoir, au regard de vos capacités intellectuelles, d’écrire sur un
sujet d’histoire. Il en est de même pour moi et pour tout Algérien
capable de le faire. Je n’ai pas encore lu votre ouvrage et lorsque ce
sera fait, je pourrais émettre des critiques, des réserves, des
divergences sur le contenu. C’est le droit de tout un chacun. Je
pourrais aussi y voir des convergences, des similitudes ; cependant cela
n’est guère important. Au-delà de toute contingence, je vous fait part
de mon appui pour la démarche d’écrire indépendamment de son contenu.
J’espère qu’il est de même pour vous à l’égard de ceux capables
d’écrire. Depuis de longues années, j\'ai écrit sur le colonel Chaâbani
avec plus ou moins de bonheur (voir mes mémoires) mais je ne suis pas
arrivé à faire émerger suffisamment et de façon plus marquée la
personnalité de ce grand combattant. Par contre, j’ai écrit sur le
colonel Lotfi, une autre icône de l’histoire algérienne. De grâce,
docteur Sadi, écrivez encore et encore. Si Dieu me prête vie, je ne
cesserai de vous lire et assurément vous contredire, vous critiquer ou
vous appuyer, le tout dans le cadre d’un débat serein et constructif.
Vous et moi connaissons des vérités comme le commun des Algériens,
écrivons librement sans exclusive, dans le respect des hommes vivants ou
décédés. Luttons ensemble contre l’esprit de l’autodafé, contre la
récupération ou l’instrumentalisation de tel ou tel autre héros, fait ou
opinion à des fins sans relation avec la grande guerre de libération,
débattons mais sans polémique. Dans mes interventions (ouvrages ou
articles de presse), je ne cessais de répéter, presque
obsessionnellement, que 1954 fut l’œuvre des hommes qui n’étaient ni
anges ni démons.
Djeraba Mohamed Ancien compagnon du colonel Chabani, ancien ministre