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Ajoutée le: 20/07/10
Said Sadi présente son livre sur Amirouche


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Le député Hakim Saheb répond à Addi Lahouari

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Publié: 27/07/10

Il faut toujours dire la vérité au peuple, disait feu le président Boudiaf quand il revint au pays après un exil de 28 ans au cours desquels l’Histoire qu’il avait contribué à écrire fut confisquée, détournée et retournée contre les acteurs qui l’avaient faite. Ce détournement de notre mémoire coûte cher, trop cher au pays. C’est pour cela que chacun d’entre nous se doit d’intervenir en âme et conscience à chaque fois qu’il assiste de près ou de loin à une entreprise de désinformation quel qu’en soit l’auteur et quelles que soient ses raisons.
La réponse faite par Addi Lahouari à Nordine Aït Hamouda est exemplaire des sociétés frappées dans leur vitalité ; elle fait partie de ces pièces où l’intervenant, encouragé par les effets d’une guerre dont il s’est protégé, s’octroie une autorité en instrumentalisant une science dont il s’affirme unique détenteur pour délivrer à la «communauté des ignorants» ses vérités avec une suffisance et une mauvaise foi qui ne doivent laisser aucune place au silence. Pour couper court à tout malentendu, j’affiche la couleur. Je suis avocat et député du RCD. J’étais étudiant et j’ai eu le privilège et l’honneur d’assister à la création du parti. C’est donc en tant que citoyen mais aussi comme militant, élu et collègue de Nordine Aït Hamouda que j’interviens. Cela ne m’empêche ni de faire l’effort de la lucidité ni de me soumettre à ce qui guide mon éthique dans la vie politique où je me suis engagé.
Tout commença par l’imposture intellectuelle
Ce qui motive mon intervention, c’est le devoir de m’exprimer face à cette volonté délibérée de fausser le débat de la part d’un homme qui s’affiche comme un universitaire chargé d’observer et d’analyser sa société dont personne ne peut et ne doit contester le propos. Cette prétention a quelque chose du terrorisme intellectuel propre aux cadres des systèmes totalitaires. Monsieur Addi n’a ni l’excuse de l’ignorance ni celle de la contrainte à faire valoir pour commettre une sortie construite sur les contrevérités patentes et soutenues par des allusions politiques pernicieuses. Tout commence par la confiscation du mot. M. Addi fait mine de ne pas distinguer islam et islamisme, il suggère que Djaout était un éradicateur et que Hachani était un réconciliateur, il distille l’idée que les activistes de 1991 étaient de paisibles acteurs politiques qui n’avaient d’autres intentions que celles d’honorer un mandat politique banal en attendant de le remettre en jeu et relance la rengaine gauchiste française qui a décrété que celui qui ne se soumet pas à l’aventure intégriste est contre la paix. Enfin, M. Addi réduit la scène politique nationale à un binôme police politique-intégrisme. Celui qui n’est pas chez l’un est mécaniquement affecté chez l’autre. M. Addi sait que tous ses préalables sont faux. Il a cependant besoin de ces maquillages pour régler ses comptes. Ce faisant, l’universitaire sort de son rôle et défend un projet politique dont il ne veut assumer ni les expressions ni les conséquences. Cela est intellectuellement malsain. Mais il n’y a pas que cette prétention à abuser d’une science sociale pour fausser concepts et évènements historiques qui pose problème. M. Addi disqualifie a priori tous ceux qui viendraient a relever ou souligner ses égarements et autres manipulations en jouant sur le registre subjectif. Ses adversaires sont «brutaux et méchants» alors que lui, vierge de toute tentation politique, «critique et analyse». Voilà le décor dans lequel M. Addi nous impose de jouer. N. Aït Hamouda a rappelé comment, un tantinet comminatoire et faussement conciliant, M. Addi sert un discours en Kabylie avant d’en revenir à ses vieilles haines quelques jours plus tard en ciblant ceux qui n’ont ni abdiqué ni cédé devant la barbarie soutenue par la puissance médiatique des socialistes français qui, voulant faire oublier leur compromission avec le FLN depuis 1962, s’engagèrent dans une complicité avec l’islamisme qui laissera des cicatrices durables entre le PS français et les forces démocratiques algériennes.
Diaboliser l’adversaire pour justifier l’innommable
M. Addi n’a pas critiqué Saïd Sadi sur ce qu’il a dit ou écrit mais en fonction de positions ou d’arrière-pensées qu’il lui attribue, n’enviant en cela rien aux services spéciaux algériens formés à l’école soviétique qui jugeaient, et dans une certaine mesure continuent à le faire, les opposants en tant qu’agents de l’impérialisme dès lors qu’ils osaient rêver d’un autre destin pour leur peuple. A entendre M. Addi, le combat mené par Saïd Sadi contre l’extrémisme religieux serait en fait le paravent d’une lutte contre l’islam visant à dénier au musulman le droit de pratiquer dans son pays. Saisissant la parution d’un livre sur le parcours d’un héros de la guerre de libération, le représentant du groupe de Rome dans les médias français s’emploie à réanimer la machine à désinformer. Il n’a contesté ni la pertinence de l’analyse, ni la véracité des faits, ni les documents étalés par Saïd Sadi tout au long de son ouvrage. Il rebondit sur le livre et s’attelle à relancer la litanie des jugements qui condamnent l’homme politique dans le traitement de faits historiques en invoquant, d’une part, les risques de manipulation — M. Addi étudie les faits pendant que les autres les manipulent — et d’amalgamer, d’autre part, des situations politiques antagoniques et les lectures nécessairement différentes qui en découlent. Il va de soi que les enjeux de la situation conflictuelle née au lendemain de l’indépendance sont d’une autre nature que ceux des évènements de décembre 1991. Chaque épisode appelle des mesures et des lectures adaptées. Dès lors que la falsification des faits est avérée et qu’elle émane d’un homme qui ne saurait s’abriter derrière la méconnaissance d’une situation politique, on peut et on doit poser clairement la question : la sortie de M. Addi Lahouari est-elle fortuite ou est-elle savamment synchronisée pour venir à la rescousse du clan d’Oujda, aujourd’hui représenté par le chef de l’Etat, dans une politique de « réconciliation», dont on mesure chaque jour les coûts humain et politique, en lui apportant la caution d’un intellectuel connu pour être un partisan du contrat de Rome ? Le lynchage médiatique qui a accompagné la publication du livre sur le colonel Amirouche donne un avant-goût de ce qui est réservé à tous ceux qui seraient tentés d’exprimer une autre opinion sur les thèses officielles retenues sur le Mouvement national.
Occulter le régionalisme pour légitimer le tribalisme
Décidément, l’histoire de la guerre d’Algérie, comme l’affirme Saïd Sadi dans sa réponse à Ali Kafi, «est un butin trop précieux pour être restitué au peuple.» Le débat que réclame notamment la jeunesse algérienne n’aura pas lieu tant que la mémoire reste confisquée par les rentiers et "tard-venus de la guerre de libération", pour reprendre une expression chère à Mostefa Lacheraf, ce sociologue qui a assumé sa mission avec loyauté, pertinence et rigueur. Ce débat sera toujours différé si l’Histoire demeure l’otage des hégémonies idéologiques ou intellectuelles qui la mutilent aujourd’hui encore et si les universitaires ne s’affranchiront pas de chapelles politiques auxquelles ils offrent une soumission d’autant plus pernicieuse qu’elle ne s’avoue pas. Notre mémoire collective est toujours traumatisée par l’omerta imposée à ceux qui savent et qui pourraient dire la vérité. Le processus de construction de la conscience nationale et de la société civile naissante exige, dans la phase tumultueuse de notre vécu national actuel, que toute la lumière soit faite sur cette étape matricielle, comme sur celles qui l’ont suivie, marquées entre autres par la trahison des colonels Amirouche et Haouès et les assassinats de Abane, de Chabani, de Chabou, de Khider, de Krim et, plus tard, de Boudiaf. C’est probablement en cela que l’œuvre de Saïd Sadi, qui s’inscrit en droite ligne de cet impératif, dérange. Mais, venons-en aux propos de l’auteur de ce qui aurait pu apparaître, s’il n’y avait récidive, comme un simple dérapage et/ou malentendu sémantique provoqué par la panique : «La régression féconde». M. Addi Lahouari déclare péremptoire : «J’ai cherché à donner mon point de vue à Tizi Ouzou parce que j’étais gêné par la tournure pro et anti-kabyle que prenait la polémique dans les journaux. Il fallait "dékabyliser" le débat et le centrer dans son cadre politique et théorique (…). Il ne faut pas ethniciser les divergences et oppositions (…).» «Dékabyliser» le débat, le mot est lâché. A l’évidence, toute référence à l’un des plus grands tabous de l’Algérie indépendante dérange et effraie notre universitaire. Il ne faut dénoncer ni l’antikabylisme qui s’institutionnalise chaque jour davantage, ni l’ostracisme identitaire et socioculturel qui frappe toute une région depuis l’indépendance ni même et surtout la tribalisation de l’Etat où pas moins de treize ministres issus d’une même localité occupent au sein du gouvernement la plupart des sièges de souveraineté. Nous sommes sentencieusement sommés de détourner le regard d’un sujet où, en principe, l’expertise de la sociologie aurait dû éclairer la nation et la prévenir des dangers d’explosion qui la guettent. Les intervenants qui m’ont précédé ont signalé le blocage d’un projet Pnud au seul motif qu’il était partiellement destiné à la Kabylie. On vient d’apprendre que le gouvernement a refusé l’ouverture du centre culturel français à Tizi-Ouzou alors qu’il a accepté le fonctionnement de ceux des autres régions pour ne parler que des dernières décisions et M. Addi nie toujours les tendances régionalistes qui ont pesé sur tout le mouvement national. On accepte volontiers que l’idéologie arabo-islamique règne en maître absolu sur l’aréopage institutionnel national et l’on fait fi du fait que l’arabisme, à l’instar de l’islamisme (qui n’est pas l’islam M. Addi, vous le savez bien ), est exogène à la société algérienne et qu’il a été cloné sur le corps social national par de médiocres "coopérants" importés du Moyen-Orient dès l’indépendance avec la bénédiction et les moyens du pouvoir algérien dominé, cela aussi vous le savez M. Addi, par un clan d’Oujda hégémonique de 1962 à ce jour. Le sociologue averti semble ignorer que c’est par l’école, la mosquée et les médias publics que la jeunesse algérienne a été livrée, poings et pieds liés, à la théocratie naissante et à l’improvisation populiste. Le délabrement du niveau de l’enseignement, la perte des repères identitaires et la minorisation progressive de la femme sont, entre autres, les leviers sur lesquels se sont appuyées les forces conservatrices à l’intérieur et à la périphérie du système avant de dériver, sous la bannière islamiste, vers une insurrection qui s’exprime aujourd’hui par la violence.
De la démission morale au fourvoiement intellectuel
Oui, M. Addi, l’impasse actuelle a ses origines, ses mécanismes et son expression. Des patriotes, dont vous occultez l’existence, luttent pour une alternative qui libère la nation et du système militaire et de son clone intégriste. Ils affirment sans ambages que le sevrage identitaire et la césure de la mémoire, conjugués au délit de parole, ont généré le terreau qui est à l’origine du drame qui ensanglante l’Algérie depuis deux décennies : la jeunesse étant, quelle que soit la faction qui l’a captée — pouvoir ou terrorisme – la première victime d’une politique qu’elle n’a ni élaborée ni choisie. Du point de vue de ces patriotes, cette violence n’est ni fortuite ni fatale. Produit direct du système, son dépassement suppose nécessairement la rupture avec le pouvoir actuel, «formel ou réel», et une réorganisation de l’Etat qui appelle de nouvelles règles de fonctionnement et de régulation. Toujours tendancieux, M. Addi persiste et nage dans les eaux troubles du confusionnisme lié à sa théorie de «régression féconde». En effet, il reproche à Saïd Sadi, vingt ans après, de s’être opposé à une aventure dont le pays a, depuis, mesuré et éprouvé les affres, et d’avoir été parmi les initiateurs de l’interruption d’un processus électoral qui hypothéquait le devenir algérien. Notre universitaire nous explique que l’extrémisme islamiste n’était qu’une simple manifestation de la foi musulmane que des mécréants, intolérants, incultes et sans ancrage populaire n’ont pas su comprendre. Et de nous inviter à regarder ce qui se passe dans les pays qui ont apprivoisé les segments conservateurs de leur société à travers les mouvements sociaux et chrétiens démocrates. Si le sociologue n’avait pas été asservi par le militant honteux, M. Addi aurait noté que dans ces mouvements, il y a un mot qui les définit et que ses alliés ont eu le courage de renier publiquement : c’est le mot démocrate. On n’a pas encore entendu des formations politiques belges, allemandes ou italiennes déclarer que la démocratie est une hérésie «dimoqratiya kofr». Pourquoi un universitaire se perd-il dans de tels méandres au risque d’y perdre son âme ? Mystère et misère de certaines élites algériennes ! Bien sûr, lorsqu’on a choisi de quitter le pays, précisément au début de l’année 1992, et que l’on a mis sa progéniture à l’abri des risques et de tout péril, on peut se permettre d’avancer mille et une théories et de faire de son pays un champ d’expérimentation, voire un laboratoire à ciel ouvert, nonobstant le coût humain qui en découle. Mais lorsque l’on n’a pas de pays de rechange – dixit Saïd Sadi – et que l’on a l’Algérie dans le cœur, avouez M. Addi, que l’on n’a pas d’autres choix que de s’opposer simultanément à l’hydre intégriste et à son géniteur, le régime en place. Les atermoiements et les reniements ne sont que des fuites en avant. Au fond de vous-même, vous admettez ce qu’a dit Saïd Sadi : «L’intégrisme, c’est comme la mort ; on n’en fait l’expérience qu’une fois.» La différence avec vous c’est que lui l’a dit et assumé. Méditez la sentence, vous qui demandiez de la cohérence aux hommes publics. La finalité du mouvement intégriste est, au demeurant, d’une totale clarté : imposer la Charia au niveau politique et civil et la bazarisation sur le plan économique. On est loin de l’Etat de droit où force reviendrait à la loi et de la régulation économique par le marché. M. Addi, qui cultive, sans y croire, la dissolution de l’idéologie islamiste dans la démocratie, sait, plus que quiconque, que ce mouvement est d’essence totalitaire, qu’il dispose de relais extranationaux et connaît le sort réservé aux opposants partout où cette doctrine a pris le pouvoir. Il n’a pas, également, l’excuse d’ignorer les déclarations antérieures à décembre 1991 des dirigeants de cette nébuleuse. On se croyait définitivement délivré d’un certain jargon politique qui apparaît aujourd’hui bien désuet. Mais puisque M. Addi nous ressert sa marotte, rafraichissons-lui la mémoire. Le vice-président de l’ex-FIS déclarait, entre autres : «Il n’y a pas de démocratie, car la seule source de pouvoir, c’est Allah et le Coran et non le peuple. Si le peuple vote contre la loi de Dieu cela n’est rien d’autre qu’un blasphème ; dans ce cas, il faut tuer ces mécréants.» ( Horizons du 23 février 1989), ou encore, «sachez que la démocratie est étrangère dans la maison de Dieu. Prenez garde à celui qui vient vous dire que la notion de démocratie existe en Islam. Il n’y a pas de démocratie en Islam. La démocratie est kofr.» ( Le Maghreb du 20 octobre 1989). Si l’on voulait être rigoriste, on pourrait convenir que l’auteur de ces paroles est plus respectable que M. Addi car il croit à ce qu’il avance et il a payé pour ses idées. M. Addi aiguillonne la radicalité islamiste sans y croire et en prenant soin de se protéger et de ses implications et des éventuelles rétorsions auxquelles pourrait l’exposer son adhésion. Au cœur de ce rejet de la démocratie, il y a le refus du libre arbitre. Le citoyen n’a pas à choisir, il n’a qu’à subir. M. Addi, qui fut le chantre du Contrat de Rome ou de ce qui en reste, connaît plus que tout autre l’énoncé de la disposition 2–6 dudit contrat qui consacre explicitement «la primauté de la loi légitime» ; littéralement la Charia dans le document arabe et non, comme l’insinuent M. Addi et ses acolytes dans la traduction française, la loi légitime ou la volonté populaire. Est-il utile de rappeler que cet accord a été paraphé par ceux-là mêmes qui se sont réjouis de l’assassinat de Tahar Djaout et qui ont légitimé le carnage du boulevard Amirouche ? Le but de cette réunion, qui a voulu blanchir et sanctifier le crime de l’élite et des patriotes algériens, visait la légitimation du terrorisme sur le plan international au moment où il était disqualifié politiquement dans le pays et mis à mal militairement grâce à la résistance des citoyens républicains.
Devoir de vérité sur la décennie rouge
Il ne s’agit ni d’appeler à la vengeance ni de se voiler la face. De ce point de vue, les acteurs politiques d’obédience différente, voire diamétralement opposée doivent conjuguer leurs efforts pour que la vérité vive et que la justice passe. Le terrorisme intégriste disposa, pendant toute la décennie rouge, de théoriciens qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Il bénéficia, à l’évidence, d’atouts qui expliquent sa longévité : son discours fut homologué et eut sa place dans les médias assurée ; ses guerriers furent immunisés contre la justice et ses complicités intellectuelles et politiques multiples. On comprend dès lors qu’il perdure et qu’il adapte son action au gré des circonstances politiques au grand bonheur des tuteurs de la nation. Exit les enterrements qui ont longtemps et continuent hélas – de rythmer la vie des familles de patriotes. Quant aux jeunes qui meurent dans les maquis, il se trouvera toujours un Addi résiduel pour expliquer que leur mort était nécessaire ou, en tout cas, justifiée. Militant de terrain et intellectuel engagé, Saïd Sadi écrivait en janvier 1995 dans Algérie : l’alternative que «les démocrates ont eu aussi à expliquer, et ce fut long et difficile, que le ‘‘dialogue’’ pour les intégristes signifie, comme au demeurant ils se plaisent à le rappeler, renoncement. Mise à mal par un déficit en communication et des thèses inspirées et, en tout cas, largement relayées à l’extérieur du pays, l’Algérie républicaine a dû se battre pour que la disqualification d’un régime corrompu ne s’accompagne pas de la valorisation de l’intégrisme et que la lutte contre cette nouvelle forme de fascisme ne signifie pas soutien au régime, loin s’en faut, puisque le premier n’est que le produit du second.» Il fallait surtout répondre aux commentateurs dont faisait partie Addi Lahouari qui réduisirent la crise algérienne à un affrontement duel entre «éradicateurs» (l’armée) et «réconciliateurs» (alliés du FIS), comme si la solution se résumait à la gestion de l’affrontement en soi et comme si en dehors de ces deux facettes d’une même médaille, il n’y avait pas d’autres forces, pas d’autres perspectives pour l’Algérie. On n’a pas encore pris toute la mesure du coût payé par la nation algérienne à la pollution des concepts et à la perversion des mots. Dans le texte cité plus haut, Saïd Sadi écrivait à ce propos : «En y regardant de plus près, on se rend compte que ces deux options sont beaucoup plus proches qu’il n’y paraît». Les «éradicateurs» souhaitent résorber le terrorisme sans renier l’intégrisme. C’est la démarche d’une bonne partie du régime actuel, l’essentiel étant d’en être le tuteur. Les «réconciliateurs» recherchent un compromis avec l’intégrisme. Par définition, ils ne s’en détachent pas. Du reste, ces deux positions trouvent leur convergence sur le champ de bataille . Il ajouta qu’à «ce jour pas un notable du régime ou de l’intégrisme n’a été touché. Qu’ils soient policiers, militaires, étudiants ou chômeurs, les jeunes qui tombent quotidiennement sont tous d’extraction sociale modeste». Pour avoir fait mon service national en 1995/1997, je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré les enfants de la nomenklatura, ces patriotes sonores ou ceux se réclamant de la «famille révolutionnaire» parmi les troupes exposées en première ligne dans cette boucherie. Cela étant, je ne savais pas que Djaout, Yefsah, Boucebci, Alloula ou ses ex-collègues universitaires, tels Liabes, Boukhobza, Fardedhab, avaient torturé, décapité, tué qui que ce soit ou commis un quelconque crime. Ces victimes par anticipation de la «régression féconde » sont stigmatisées pendant que leurs bourreaux se voient réhabilités et, à l’occasion, rémunérés. Suivant cette logique, Amirouche, Haouès, Ben M’hidi Zighoud, Didouche seraient responsables de leur propre mort et de celle de milliers de chouhada qui ont libéré le pays. M. Addi sait pertinemment que ce n’est pas l’Armée seule, loin s’en faut, qui a évité le naufrage de l’Algérie. C’est la société dans ses segments patriotiques ; ce sont les femmes et les hommes épris de justice et d’amour pour leur pays qu’on ne cesse d’invectiver et de dénigrer qui l’ont sauvé. Que M. Addi ne veuille pas se battre, on peut le comprendre. Qu’il s’égare un instant, il en a le droit – l’erreur est humaine –, mais qu’il persiste dans la mauvaise foi et l’irresponsabilité politique, sa crédibilité intellectuelle en prend nécessairement un sérieux coup. En préfaçant le livre de Souadia, dont il a été établi qu’il est truffé de contre-vérités et dont tout le monde sait aujourd’hui qu’il a été commandité et écrit par des gauchistes revanchards, M. Addi s’est transformé en agent actif de la désinformation. Aujourd’hui, après les décantations opérées durant ces deux décennies, la majorité des Algériens comprend – ou ressent intuitivement sans pouvoir la conceptualiser – la confusion qui est faite entre l’Islam comme religion et l’intégrisme islamique comme projet politique. Cette évolution dans la société fait que ni les «élites urbaines» ni même les «masses populaires» ne voudraient donner à l’intégrisme la base sociale qui lui permettra de prendre le pouvoir par la voie insurrectionnelle ni, d’ailleurs, par la démocratie formelle puisque nous sommes avertis que la compétition électorale est unique et qu’elle n’a pour seul objectif que de porter au pouvoir «la volonté de Dieu».
Un livre qui réveille la vigilance citoyenne
L’engouement populaire suscité autour du livre de Saïd Sadi, qui invite les Algériens à une lecture libre de notre histoire, illustre de façon éclatante que la société est toujours porteuse de fortes énergies et que lorsque l’on va sur le terrain, et c’est ce que fait le RCD, ne vous en déplaise M. Addi, il est possible de mobiliser. La mise à nu du détournement de l’histoire de la guerre de libération prémunit des tentations de charlatans qui voudraient  mystifier la nation sur les origines et les responsabilités de la crise qui ensanglante encore l’Algérie. L’intérêt et les échanges suscités par l’ouvrage de Saïd Sadi créent un climat de vigilance citoyenne qui ne favorise pas la décongélation du contrat de Rome à laquelle s’essaie M. Addi. S’érigeant en apôtre de la bonne parole, M. Addi décrète : Saïd Sadi «a été plutôt brutal, souvent méchant, personnalisant et régionalisant le débat. En parlant de Ben Bella, Mahsas, Kafi… il est irrespectueux.» Car ce sont, ditil, des «symboles» qu’on ne doit pas «traiter comme des moins que rien.» A l’inverse, lui, peut s’autoriser tous les jugements. Quand il écrit que A. Boussouf est «un militant des années 1940 élevé dans le culte de la violence contre le système colonial », ce que ne nie pas d’ailleurs Saïd Sadi, et, que pour Boussouf, «une divergence politique doit se résoudre par la disparition physique», ou encore «Si Ferhat Abbas avait la force de caractère de Abane, il l’aurait tué», M. Addi n’est ni sévère ni brutal : l’aristocrate national analyse pendant que ses adversaires, nécessairement régionalistes, invectivent. On aurait aimé entendre l’universitaire Addi déplorer la méchanceté et la brutalité le jour où le même Kafi traita Abane de traitre ou, plus près de nous, quand M. Benachenhou annonça qu’Amirouche était «un criminel de guerre». Ces propos n’étant pas entérinés par le maître de la bienséance, ne doivent pas figurer dans le lexique politique défini par M. Addi. Il y a deux ou trois années, ces manipulations et les attaques malgaches et assimilées lancées contre Saïd Sadi seraient probablement restées sans réponses. Des anciens maquisards, des journalistes, des militants jusque-là résignés, fatigués ou complexés se sont levés et ont enfin réagi ; c’est là une autre victoire de Saïd Sadi. En définitive, la sortie de Addi Lahouari est un prolongement de la polémique orchestrée autour du livre sur le colonel Amirouche pour brouiller le débat politique qu’attend le pays depuis 1962. En dopant l’islamisme, en le dédouanant de ses crimes, en soutenant qu’il n’y a pas d’autre alternative aux militaires ou à l’intégrisme, M. Addi et ses semblables ont incontestablement réussi une chose : donner un sursis au régime. Et quitte à le suivre sur la parabole footballistique, lui qui invitait M. Aït Hamouda à jouer le ballon et non l’homme, autant lui rappeler que l’on ne peut pas prétendre participer au match si on joue en dehors du terrain.
H. S.
(*) Avocat et député RCD



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