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Said Sadi est président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), principale formation d’opposition en Algérie. Il est également député d’Alger. La publication de son livre « Amirouche, une vie, deux morts, un testament » relatant des épisodes pour le moins obscurs du mouvement de libération sème le trouble dans les milieux proches du pouvoir algérien. Entretien.
_.La publication de votre livre a soulevé une tempête dans les milieux politiques proches du pouvoir algérien. Est-il possible d’en résumer le contenu ?
Said Sadi : Ce livre rapporte les circonstances de
l\'émergence et de la mort du colonel Amirouche, responsable des maquis de
Kabylie, pendant la guerre de libération, d’aucuns disent qu’il fut le Jean
Moulin algérien. Son aura était telle qu\'à sa mort, le 28 mars 1959, des
responsables français n\'ont pas hésité à annoncer la fin de la guerre. Il a été
tué, alors qu\'il se dirigeait sur Tunis, par les troupes du général Massu qui
avait déployé une véritable armada sur son chemin après une trahison des
services spéciaux algériens, lesquels ne tenaient pas à ce qu\'il arrive en
Tunisie. En fait, quand il se dirigeait sur Tunis, il était mandaté par ses
collègues de l\'intérieur pour régler deux problèmes qui ont détourné le destin
algérien. Il voulait faire rentrer les troupes que Boumédiene (président
algérien de 1965 à 1978, ndlr) avait stationnées aux frontières pour préparer
l\'après-guerre et redéfinir les prérogatives du service qui allait devenir plus
tard la fameuse sécurité militaire qui confisque toujours le pouvoir politique.
En 1964, c\'est à dire deux ans après l\'indépendance, la France indique au
gouvernement algérien l\'endroit où elle avait secrètement enterré Amirouche et
son ami Haoues qui dirigeait le sud. Boumediene les fait déterrer
clandestinement et ordonne la séquestration de leurs restes. La tempête
soulevée par ce livre est due au fait que la mémoire de la guerre, en Algérie
comme en France d\'ailleurs, est restée en friche. La censure ou les
manipulations qui ont fixé les dogmes et les repères du pouvoir d\'après 1962
sont brutalement remises en cause par les témoignages et les documents
rapportés dans cet ouvrage. Ceux-ci démontent à travers la vie, la mort et la
séquestration d\'Amirouche des mécanismes qui ont provoqué l\'impasse dans
laquelle végète aujourd\'hui encore l\'Algérie.
_. A-t-on tenté d’en empêcher la publication ?
Tout a été tenté. Depuis le refus de donner le dépôt légal jusqu\'à la menace
adressée par le ministère de l\'intérieur aux imprimeurs dotés de rotatives
capables de répondre aux besoins du tirage. Malgré ces entraves et grâce à
plusieurs artisans, le livre est un phénomène d\'édition puisque pus de 30 000
exemplaires produits à compte d\'auteurs ont été vendus en moins d\'un mois
et demi; ce qui est inédit en Algérie où le best seller tourne entre 5 et 10
000 exemplaires.
_.Comment la société civile réagit-elle dans le débat que vous avez
suscité ?
L\'accueil réservé au livre à révélé plusieurs choses. D\'une part, on
découvre que le citoyen algérien, malgré de légitimes déceptions, est capable
d\'écoute quand des sources crédibles traitent de sujets qui le concernent. Face
aux séries d\'agressions venant des hommes du sérail et de leurs affidés qui ont
suivi la parution du livre, des personnalités de la société civile,
écrivains, magistrats, anciens officiers de l\'ALN, syndicalistes,
universitaires...ont décidé de lancer une pétition \"pour une histoire
citoyenne\". Une fois mise en ligne, elle a été signée par des milliers
d\'Algériens. Des étudiants arabisants demandent que le livre soit traduit en
arabe, ce qui sera fait dans un mois. Des rencontres sont déjà organisées dans
les campus pour voir comment embrayer sur l\'ouvrage en prenant d\'autres
initiatives. Tout se passe comme si une énergie latente, refoulée depuis
longtemps avait été révélée par le rappel du parcours d\'un héros auquel,
consciemment ou inconsciemment, l\'Algérien en mal de repères structurants, veut
s\'identifier. J\'observe au passage que depuis que le livre est édité en France
par L\'Harmattan, la communauté émigrée se mobilise de nouveau, de même
d\'ailleurs que les Français qui ont eu un lien avec l\'Algérie. Cela peut être
le soldat, le pied-noir ou le coopérant qui a travaillé après 1962.
_.Quels liens peut-on établir entre les épisodes troublants sur
lesquels vous revenez à l’appui de témoignages et la situation actuelle en
Algérie?
Jusque là la révolution algérienne a été aseptisée par le régime qui en a
fait un outil de légitimation du pouvoir politique. Le livre rappelle que
cette époque a eu ses zones d\'ombre et suggère que si Amirouche était arrivé à
Tunis, l\'Algérie aurait probablement connu un autre destin dans la mesure où le
coup d\'État de l\'armée des frontières de 1962 n\'aurait pas eu lieu. C\'est toute
la violence et l\'illégitimité du pouvoir qui sont mis en débat. Il était temps.
_.Quelle est votre position s’agissant de la repentance exigée avec
insistance de la France par le pouvoir Algérien ?
La France comme l\'Algérie refusent de regarder de façon adulte et sereine
leur passé commun. Il y a de part et d\'autre trop de manœuvres. Pour
autant, je n\'adhère pas à la démarche du pouvoir d\'Alger qui exige la
repentance de la France à chaque fois qu\'il est en difficulté intérieure. J\'en
parle dans mon livre, si la France- qui a par ailleurs des épisodes de son histoire
à valoriser, veut construire sa mémoire sur le fait colonial, cela reste une
affaire franco-française. De l\'autre côté, il appartient aux Algériens de
regarder ce que l\'on a fait de leur histoire. C\'est à cela que j\'ai invité à
travers ce livre.
« Amirouche, une vie, deux morts, un testament » est édité en France
par L\'Harmattan
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