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Ajoute le: 20/07/10
Said Sadi prsente son livre sur Amirouche


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SAD SADI RPOND AU COLONEL DE LA WILAYA II : Ali Kafi ment

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Publié: 12/05/10


Jebdegh-damrar idda-d wedrar (jai tir sur la corde et cest toute la montagne qui est branle.) Les semaines passent et se ressemblent : les diversions et les dchanements de haine alternent avec des mises en scne historiques de plus en plus grotesques qui meublent la priphrie du livre. Lhistoire de la guerre dAlgrie est dcidment un butin trop prcieux pour tre restitu au peuple.
Les pesanteurs du milieu
Diluant ses ardeurs, M. Mebroukine continue passer par pertes et profits le coup humain, politique et historique des coups dtat de Boumedine qui a engag lAlgrie dans le rgne des putschs, de la censure et des fraudes lectorales. Le propre de la pense totalitaire cest de nier toute donne, tout vnement, tout acte qui ne participe pas la clbration du matre. Lorsque lon a vacu du dbat les milliards de dollars dposs la Chase Manhattan Bank via Messaoud Zeggar, lorsque lon sinterdit de parler des milliers de morts des Wilayas III et IV en 1962 qui essayaient de se mettre sur la route de larme des frontires de Boumedine pour prmunir lAlgrie des consquences, toujours terribles, de linauguration de la conqute du pouvoir par la force dans une jeune nation, lorsque lon occulte les excutions de Chabani, les assassinats de Krim, de Khider et de tant dautres, lorsque lon oublie de dire que le systme ducatif a t livr lobscurantisme parce que lcole ne fait pas de putsch mais provoque les bombes retardement, on peut poser le postulat que la priode de 1965-1977, soit 12 longues annes pendant lesquelles tous les rves taient encore possibles, ntant quune priode dexprimentation, elle doit tre analyse sur les plans politique, social et conomique avec condescendance sinon complaisance. Dun point de vue doctrinal, Boumedine, qui a concentr tous les pouvoirs, ne saurait tre tenu pour responsable dun bilan objectivement ngatif car il na fait que prolonger le nationalisme populiste dont il na t que le continuateur , nous explique M. Mebroukine. Et nous qui pensions que les grands hommes dtat sont ceux qui savent arrter les drives pour imprimer lHistoire les rythmes et les objectifs politiques qui la sortent des marcages o lont fourvoye dautres. Autant tre clair, je ne connais pas M. Mebroukine et je ne sais pas ce qui lui a valu dtre emprisonn. Du reste, son nom importe peu. Lintrt de son intervention cest de rvler cette rflexion hmiplgique propre aux intellectuels organiques du parti unique qui nantise tout ce qui peut apporter un clairage autonome non conforme aux dogmes officiels. M. Mebroukine, qui fut, entre autres, conseiller de la prsidence, impute lopposition dmocratique la rgression civique et politique du pays. Il ne sait pas quun tat durgence paralyse toute manifestation publique, il ignore superbement les fraudes lectorales qui sont le premier et le plus grave des dtournements et feint de ne pas connatre les ravages de la censure des mdias lourds. Rien que pour les six derniers mois, le RCD a organis au mois doctobre 2009, une universit dt pendant deux jours rassemblant 617 participants avec les animateurs venant de 6 pays. Au mois de novembre suivant, nous avons rassembl 700 jeunes issus des quatre coins dAlgrie pour dbattre de la situation de la jeunesse. Le 6 mars dernier, le Rassemblement a initi une journe dtude qui a regroup 850 femmes autour du statut personnel dans les pays de lAfrique du Nord avec des personnalits algriennes, tunisiennes et marocaines. (Il faut esprer au passage que ce volume dactivit rassure Monsieur Kafi qui semblait sinquiter de la situation du RCD.) Au mme moment et dans le mme site, se tenait une runion du comit central dun parti satellite du pouvoir compos dune quarantaine de membres. Radios et tlvision ont consacr leur journal de 20 heures ce groupuscule et pass sous silence toutes les activits du RCD. On ne croit pas savoir que M. Mebroukine, revendiquant apparemment une certaine prsence intellectuelle, se soit mu de ce que les ambassades algriennes aient refus de dlivrer des visas aux invits du RCD. Nous ne lavons pas, non plus, entendu exprimer une opinion, un commentaire et encore moins une condamnation lorsque le maire de la capitale, menant une bande de dlinquants, attaqua le sige national du RCD lors de llection prsidentielle, etc. Les abus, les agressions, les fraudes dont est victime lopposition seraient pour M. Mebroukine des vues de lesprit. Oui je le redis comme je lai crit dans mon livre, ce qui pose problme avec certains intellectuels algriens cest moins leur dmission que leur vassalisation.
La symbolique de ltat dvoye
Pour M. Ali Kafi, lanalyse de limpasse algrienne renvoie une interprtation politique rigoureusement inverse de celle de M. Mebroukine. Le drame de lAlgrie serait d un Boumedine, lengagement patriotique tardif et quelque peu suspect, qui a trahi Boussouf son tuteur, dont M. Kafi nous dit quil tait son relais attitr lintrieur. Lancien patron du MALG serait en quelque sorte un gant de lhistoire auquel Boumedine na pas laiss le temps de finir le travail. Je ne mattarde pas sur les garements de M. Kafi qui ergote sur un Amirouche tremblant de peur dans sa djellaba et qui nhsite mme pas convoquer Abane quil qualifia nagure de tratre la nation pour les besoins de son attaque. Tout en dvoilant les murs politiques du milieu, M. Kafi nous dlivre sa pense profonde quand il dclare que si Amirouche tait vivant, il gorgerait son fils et Sad Sadi. Cette sous-traitance posthume nest rien dautre quun appel au meurtre. Le vernis du responsable qui clame navoir jamais attent la vie dun homme pendant la guerre est mis mal par ses pulsions intimes. M. Kafi, implicitement soutenu par des historiens, me somme darrter de moccuper de lhistoire politique de mon pays au motif que je suis psychiatre et non historien. Sil pouvait prendre un peu de distance par rapport ses propos et aux torrents dindignit inspirs ou directement dverss par le segment noir du MALG depuis la sortie de mon livre, il comprendrait que pour approcher lhistoire de notre pays il vaut mieux tre un peu psychiatre, tant sont complexes et dangereux laffolement et la fureur qui se sont empars du srail depuis deux semaines. Je ninsiste pas, non plus, sur les procs en sorcellerie instruits par tous ceux qui se croient obligs dhypertrophier leur patriotisme en temps de paix pour faire oublier leur retrait ou leur fuite un moment ou un autre des priodes dcisives de la vie nationale. Les patriotes sonores ont en gnral plusieurs nationalits, autant de comptes en banque et de choses cacher ou se faire pardonner. Les citoyens qui daignent commenter ou mettre un avis dans leur pays sur une guerre de libration confisque, falsifie, et honteusement exploite des fins bassement matrielles sont effectivement leurs ennemis. Ce qui est vraiment inquitant dans les ruades de M. Ali Kafi, cest cette effronterie contester des faits indubitables. Reprenons point par point ses allgations :
La runion interwilayas de dcembre 1958 en Wilaya II
M. Kafi assure quil ny avait que trois chefs de wilaya (Amirouche, Bougara et Hadj Lakhdar) cette rencontre. Il soutient que le colonel Haous na pas particip et alla mme jusqu insinuer, dans des passages de son livre, que Lotfi a boycott le rendez-vous, suggrant que le colonel de la Wilaya V se serait associ avec lui pour refuser de rpondre linvitation dAmirouche. Je publie dans mon livre en page 432 un document sign par les quatre responsables, dont le colonel Haous, adress au GPRA la fin de la rencontre pour dnoncer lescapade de M. Kafi. Ou Ali Kafi est trahi par sa mmoire, o il remet volontairement en cause un document dtenu par le GPRA pour les besoins de sa propagande. Par ailleurs, le colonel Lotfi, quAli Kafi navait jamais rencontr jusque-l, avait envoy un message dexcuses dans lequel il dit ne pouvoir rejoindre ses pairs, tant en mission ltranger. Ce qui, du reste, savra tre vrai par la suite. Le colonel Lotfi, officier la rigueur morale exemplaire, tait dj en difficult avec les tats-majors est et ouest dont il sera une victime indirecte quelques mois plus tard aprs lexcution dun de ses officiers au Maroc, le capitaine Zoubir. Quand un homme nie des faits aussi clairement tablis, on devine toutes les liberts quil sautorise avec la vrit historique, surtout lorsquil sagit dvnements non consigns par crit. Toujours propos de la runion interwilayas, M. Kafi, se posant en chevalier du pacifisme, invoque la Bleuite pour expliquer son refus de participer la runion de ses collgues gorgeurs. Largument ne saurait tre recevable.
Un mois auparavant, en novembre 1958, le colonel Amirouche stait rendu en Wilaya II pour une runion avec Ali Kafi au cours de laquelle ils ont discut des modalits de la rorganisation de la lutte, dentraide et de communication entre les wilayas. Par ailleurs et comme dautres rgions, la Wilaya II a excut des hommes, qu tort ou raison, elle suspectait de compromission. Les procs-verbaux de cette rencontre existent, moins quil sagisse, l encore, de faux documents, dont certains sont publis par Ali Kafi lui-mme. En vrit, et il suffit de lire les comptes rendus de sance et le rapport du colonel Amirouche, pour dcouvrir que la runion de dcembre 1958 avait des objectifs bien prcis. Il sagissait de faire une valuation gnrale des combats sur le terrain, dinterpeller un gouvernement qui, abandonnant les maquis, se laissait dangereusement dborder par le MALG et les responsables des troupes des frontires, lpoque solidaires, et dj engags dans les spculations daprs-guerre. Il fallait aussi demander ce que les liaisons radio entre les wilayas ne soient plus sous tutelle exclusive de Tunis. Toutes choses dont ne voulait pas entendre parler Boussouf. Mais, aujourdhui que M. Kafi avoue tre son reprsentant privilgi, on comprend mieux son absence et son scoop peut aider mieux dcoder un certain nombre dvnements.
De la gestion des transmissions :
M. Kafi dclare que Boussouf lavait dsign comme responsable exclusif des transmissions vers lintrieur. Au passage, on peut se poser la question de savoir pourquoi un colonel dune wilaya devrait centraliser son niveau les communications radio. Si cela devait tre tabli, nous tiendrions l, dun point de vue historique, une vraie information, quand bien mme aucun dirigeant algrien na fait tat, ce jour, de cette dlgation. Mais le propre du systme Boussouf nest-il pas de faire et de dfaire les organigrammes de faon souterraine ? Cependant, ici encore, la rvlation de M. Ali Kafi est prise en dfaut par la ralit. Quand il dit quil a t charg de contacter Amirouche pour linformer de la runion des colonels qui devait se tenir en avril 1959, il affabule. Faute de le renvoyer mon livre quil avoue navoir pas lu et quil conseille de ne pas lire, je lavise, malgr tout, que jy ai publi le message du COM (Commandement oprationnel militaire) envoy le 19 janvier 1959 9h30 la Wilaya I (Aurs Namemchas) titr : Message ultra secret et se terminant par cette recommandation : prire envoyer mme message au colonel Amirouche. Ne sommes pas en liaison radio avec lui. Contrairement ce quavance Kafi, ce nest pas lui qui a t charg de contacter Amirouche mais bien Hadj Lakhdar, responsable de la Wilaya I. Je pose dans mon livre deux questions : - Pourquoi passer par la Wilaya I pour contacter Amirouche alors que la Wilaya III disposait encore dun poste radio sur les deux qui lui avaient t octroys en aot 1958 ? - Pourquoi les services de Boussouf pouvaient-ils toucher les Wilayas I et II mais pas les Wilayas III et IV ? Compte tenu de la redoutable performance des services dcoute de larme franaise, il est vident qu chaque fois que lon augmente le temps dmission ou que lon multiplie les relais, il y a plus de risque que lennemi capte un message. Le seul envoi ayant transit par la Wilaya II concerne celui qui a t adress au groupe des dissidents de Kabylie en octobre 1959 quand ils ont t somms de se mettre sous les ordres de Mohand ou Lhadj, promu colonel de la Wilaya III aprs la mort dAmirouche. Or, lpoque Ali Kafi se trouvait lextrieur o il restera jusqu lindpendance.
Emission et acheminement de documents :
M. Kafi nie le fait que Krim Belkacem ait envoy un message radio sur lAkfadou Tahar Amirouchene dont il dit quil tait menac par Amirouche pour avertir le colonel de la Wilaya III des fuites qui suintaient des services du MALG quant la fiabilit des codes utiliss et la multiplication du nombre dmissions. Il explique que Krim Belkacem, qui tait dans le maquis depuis 1947, savait trs bien quun tel message pouvait tomber entre les mains de lennemi. A croire M. Kafi, le FLN/ALN ne transmettait aucun message et aucun document lintrieur du pays. Mme lorsquil sagit dune information vitale comme celle de demander un colonel de changer de chemin. Les acteurs qui ont reu et essay de faire parvenir le message de Krim Belkacem Amirouche sont vivants. Enfin, il faudrait que M. Kafi nous explique comment a-t-il transmis, lui, la foultitude de correspondances quil a publies dans son livre ? Non seulement les documents circulaient mais Amirouche avait fait de lcrit, en dpit de tous les risques, une exigence. Et cest bien ce qui gne ses dtracteurs aujourdhui. Dans la plupart des cas, on peut trouver des traces crites des analyses et des dcisions du colonel de la Wilaya III. Sur ces fameux messages utiliss pour guider Amirouche, nous en sommes, depuis la sortie du livre, quatre versions. Le ministre des Moudjahidine, faisant parler un ancien maquisard Bou Sada, nous informe que lennemi a capt les messages mis par Amirouche. M. Benachenhou nous donne deux lectures ; lune contredisant lautre. Enfin, il y a la dernire annonce de M. Kafi qui, confond sa wilaya et la wilaya des Aurs qui a reu la convocation adresse Amirouche. La libration de la parole finira bien par imposer la vrit. Quant dire que Tahar Amirouchne, qui tait en parfaite symbiose avec son colonel, tait menac, cela relve autant du ragot que de lintrigue. Jai consacr un dveloppement la densit de cette relation qui liait les deux hommes et la confiance qui la soude. Il appartient aux maquisards encore en vie de tmoigner sur ce que tous ont vu et vcu comme une relation exceptionnelle. Mme si M. Kafi naime pas lire, je lui conseille de prendre connaissance de lhommage publi par la Wilaya III aprs la mort dAmirouche. Il fut rdig par Tahar Amirouchne et arrache aujourdhui encore des larmes ceux qui se souviennent de lui.
Documents produits dans le livre :
M. Kafi a dcid que je nai pas pris la prcaution den vrifier lauthenticit. Parmi ces documents, certains sont indits et dautres ont t dj publis par des historiens que M. Kafi connat trs bien. Pourquoi une pice seraitelle suspecte ds lors que cest moi qui la porte la connaissance du public ? Bernard Kouchner serait-il incapable de manipuler ses amis ou ses proches ? Ces documents sont toujours disponibles, il est facile M. Kafi et tous les Algriens, soucieux de soustraire notre histoire aux manipulations, den vrifier la vracit.
Congrs de la Soummam :
M. Kafi conteste la nature et la porte de cet vnement historique. Il en dduit mme que cest partir de l que la Rvolution algrienne a entam sa rgression ! Cest une opinion. Mais quand M. Kafi dit navoir jamais dclar quil tait congressiste, il devrait se relire un peu plus souvent. Dans son livre autobiographique, il crit le contraire. Pour expliquer son renvoi du congrs au troisime jour par Zighout Youcef, il affirme avoir t missionn pour rceptionner un largage darmes par un avion venant de Tunisie. Aucun membre du congrs, et plus tard aucun membre du GPRA, aucun membre du CNRA ou de ltat-major na entendu parler de cette mystrieuse mission. Je donne dans mon livre lavis dexperts sur les parachutages darmes dans les guerres rvolutionnaires. Tous sont daccord pour dire que lon ne recourt pas au parachutage dans les rgions limitrophes des pays pourvoyeurs en armement. Or, nous sommes en aot 1956 et la ligne Morice ne sera difie que bien aprs. Si la dlgation extrieure du FLN avait des armes faire parvenir au Nord-constantinois cette poque, la meilleure manire et t de les acheminer par voie terrestre. La question reste entire. Il faudra que M. Kafi trouve un autre argument pour justifier la dcision de Zighout. Autant de contrevrits assumes de manire aussi effronte donnent la mesure de la violence, des complots et autres crimes qui ont marqu la vie souterraine de la guerre et de lurgente ncessit de se pencher sur notre histoire et dont nous devons parler, non pas pour juger X ou Y, mais pour doter notre pays dinstances o le dbat transparent et le consensus permettent dorganiser loyalement la reprsentation populaire pour traiter les problmes de nos concitoyens. Lenttement assumer avec une invraisemblable outrecuidance la dsinformation un demi-sicle aprs la guerre montre bien que cest la confiscation de lhistoire qui est la mamelle de la rente. Comme beaucoup dacteurs avant lui, M. Kafi a omis ou tritur des vrits drangeantes et il est mme all jusqu diffamer des martyrs. Depuis, il a occup les fonctions de chef dtat, cette charge lui interdit de recourir au mensonge, surtout quand il sagit de la mmoire de la nation. Il nen demeure pas moins quil faut reconnatre M. Kafi une chose : il est, pour linstant, le seul responsable algrien avoir admis et condamn la squestration des restes dAmirouche et de Haous, mme si lon est en droit dmettre quelques doutes quand il affirme navoir dcouvert ce crime que ces derniers temps. Le fils du colonel Amirouche na pas cess de dnoncer cette squestration et de demander des explications. Il a envoy des correspondances toutes les institutions avec copie lOrganisation nationale des moudjahidine (ONM) dont M. Kafi fut secrtaire gnral. Nordine At Hamouda a mme t arrt en 1983 pour cela aussi. Pour lessentiel, ce qui a motiv lcriture de ce livre cest cette squestration, sacrilge national ; dont ne veut toujours pas entendre parler le segment noir du MALG qui, en bon lve du KGB, svertue, jusqu en tre ridicule, viter de rpondre la seule question pose. Qui a squestr les ossements des deux hros ? Pourquoi cette forfaiture a-t-elle t commise ? Quen pensent les dirigeants actuels ? Pour linstant, les camarades nont toujours pas entendu parler du dossier. Ils ne peuvent donc pas rpondre. Mme tardive, la sortie dAli Kafi est, de mon point de vue, symboliquement importante. Il me tenait cur de le dire.
Lirruption des historiens
Viennent de paratre les commentaires de 3 historiens sur le livre. Je note quaucun dentre eux na mis une remarque sur son contenu. Deux dentre eux ont cependant relay la litanie des jugements qui disqualifie lhomme politique dans le traitement de faits historiques en invoquant leur tour les risques de manipulations. La proximit de la sortie de M. Kafi et ces interventions interpellent. La colre feinte de lancien prsident du HCE contre les historiens cache mal la similitude de largumentation. Il sen est mme trouv un qui a repris mot pour mot linvective de lancien responsable de la Wilaya II quand il dit que les manipulations de la France risquent davoir pes sur la construction du livre comme elles ont induit en erreur Amirouche. Je pose une question innocente : qui du politique ou de lhistorien a inspir largument de lautre ? Ces historiens ont cependant raison sur une chose : il est temps que les universitaires smancipent de leurs coteries politiques. Il est aussi temps que lcriture de lHistoire algrienne soit libre des hgmonies idologiques ou intellectuelles qui la mutilent aujourdhui encore. Jai rapport dans mon livre quelques drapages thiques qui attestent que les tentatives de manipulations ne sont pas toujours l o on le croit. Est-il inutile de rappeler que pas un universitaire, historien ou autre, na abord, ni sur le plan thique ni dun point de vue scientifique, la question de la squestration. Cela aussi, cest de lHistoire. Des politiques marocains ont parl de Hassan II, des Tunisiens ont abord le cas de Bourguiba, Alain Peyrefitte, qui fut ministre de De Gaulle, a produit une remarquable biographie de son prsident. Pour une raison qui mchappe et qui vient dtre appuye par des historiens, opportunment interpells par M. Kafi, je serais en situation de contravention morale en crivant sur Amirouche. Est-ce le martyr, lauteur ou la thmatique qui drange ? Est-il draisonnable de penser que cela peut tre les trois ?
Le MALG sort de lombre
On annonce enfin la raction du MALG. Une commission est mme mise en place ! Le montage risque dtre dlicat. Les interventions chaotiques de M. Benachenhou seraient donc une production potique indpendante de son cercle originel. Ceux qui croyaient que le segment noir du MALG pouvait lcher sa proie, aprs la dernire contribution o M. Benachenhou essaya de relativiser la brutalit de ses premires dclarations, en seront pour leurs frais. Les incohrences dans lesquelles il se dbat et la violence inoue avec laquelle il rpond M. Rachid Adjaoud, que jai vu pleurer lvocation des turbulences de la Bleuite, montrent comment une secte peut pousser loutrance sinon loutrage un des siens quand elle est accule subir la lumire. Ecrire quAmirouche est un tre hors du commun et dclarer le lendemain que cest un criminel de guerre illustre quel point les barbouzes veillent ce que le dbat soit touff et comment les parrains rattrapent un des leurs quand il se laisse gagner par le remords. Il faut que les inspirateurs de cette diatribe soient bien affols et quils se sentent menacs dans leurs intrts vitaux pour perdre le minimum de retenu qui sied toute expression publique. Lexplosion de fureur publie dans le Soir dAlgrie le 10 mai a le mrite de dmontrer, au cas o il y aurait encore un doute, qui a donn et squestr Amirouche et Haous. Les mdecins appellent cela un diagnostic post mortem. Pourquoi et comment le pays est trangl par une minorit de prdateurs depuis lindpendance ? Mme loigns du pouvoir formel, ils gardent les liens et surtout imbibent ltat de leurs murs, vritables toxines qui conditionnent le fonctionnement des grands rouages institutionnels. Boussouf seul ne pouvait pas dtourner les dynamiques de Novembre et de la Soummam. Boumedine seul navait ni la lgitimit ni le crdit pour sopposer au GPRA. Cest la synergie des deux qui a fait que le pire sest impos au destin dun pays qui aurait pu tre la Californie de la Mditerrane occidentale. On a dj dit, juste titre, quen politique, pour le meilleur comme pour le pire dailleurs, un plus un font plus de deux. Le responsable de larme des frontires a fini par avoir raison de son protecteur, le patron du MALG. Les deux sont aujourdhui morts. La ncessit de poursuivre cote que cote la lecture de notre histoire simpose, non pas pour accabler les deux hommes, mais pour empcher leurs clones de perptuer une pratique politique qui risque de dsintgrer la nation.
Et maintenant
Il se dit que ces activistes des tnbres, noyautant les institutions, veulent entretenir linvective pour enrayer le dbat et permettre leur tuteur officiel dintervenir encore une fois pour dcrter que la discussion, otage des extrmismes , doit sarrter. La manuvre a t dj teste sur le dossier du terrorisme. On sait ce quil en a cot au pays. toujours occulter la vrit, refuser la justice de suivre son cours, on a fait de lAlgrie un volcan. Jai veill ce que mon livre traite des vnements qui ont entour la mort et la squestration des colonels Amirouche et Haous sans complaisance ni colre parce que le silence qui entoure ces deux vnements est politiquement et symboliquement symptomatique du naufrage de la nation. Il est vital que les enfants dAlgrie se saisissent de cette opportunit pour ne plus laisser les dtrousseurs de mmoire, qui sont aussi les semeurs de haine, ruiner leur pass et miner leur avenir. Dans ce dchanement de panique, de violence et de mensonges, un homme ma adress un message public minvitant continuer dcrire ce que je crois tre utile pour mon pays. Cest suffisamment rare pour tre relev et salu. Quil sache que pour moi une voix exprimant une conscience libre est plus audible que les vacarmes de la meute. Pour linstant, on observe quun livre a suffi branler la citadelle. On dcouvre que le systme politique, avec ses prbendes, ses normes et ses mthodes, nest pas rductible la sphre du rgime. Les ractions enregistres jusque-l me rappellent trangement lhystrie qui a suivi avril 1980 quand certains demandaient nos ttes au motif que nous avions attent la Charte nationale pendant que dautres, idologiquement aux antipodes des premiers, en appelaient au chtiment suprme car nous avions brl le drapeau et le Coran. Notre histoire bgaie. Essayons de la faire parler. Librement.

Sad Sadi
Prsident du RCD et dput



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