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SAD SADI RPOND AU COLONEL DE LA WILAYA II : Ali Kafi ment
Auteur: Publié: 12/05/10
Jebdegh-damrar idda-d wedrar (jai tir sur la corde
et cest toute la montagne qui est branle.) Les semaines passent et se
ressemblent : les diversions et les dchanements de haine alternent
avec des mises en scne historiques de plus en plus grotesques qui
meublent la priphrie du livre. Lhistoire de la guerre dAlgrie est
dcidment un butin trop prcieux pour tre restitu au peuple. Les
pesanteurs du milieu Diluant ses ardeurs, M. Mebroukine continue passer par pertes et
profits le coup humain, politique et historique des coups dtat de
Boumedine qui a engag lAlgrie dans le rgne des putschs, de la
censure et des fraudes lectorales. Le propre de la pense totalitaire
cest de nier toute donne, tout vnement, tout acte qui ne participe
pas la clbration du matre. Lorsque lon a vacu du dbat les
milliards de dollars dposs la Chase Manhattan Bank via Messaoud
Zeggar, lorsque lon sinterdit de parler des milliers de morts des
Wilayas III et IV en 1962 qui essayaient de se mettre sur la route de
larme des frontires de Boumedine pour prmunir lAlgrie des
consquences, toujours terribles, de linauguration de la conqute du
pouvoir par la force dans une jeune nation, lorsque lon occulte les
excutions de Chabani, les assassinats de Krim, de Khider et de tant
dautres, lorsque lon oublie de dire que le systme ducatif a t
livr lobscurantisme parce que lcole ne fait pas de putsch mais
provoque les bombes retardement, on peut poser le postulat que la
priode de 1965-1977, soit 12 longues annes pendant lesquelles tous
les
rves taient encore possibles, ntant quune priode
dexprimentation, elle doit tre analyse sur les plans politique,
social et conomique avec condescendance sinon complaisance. Dun
point
de vue doctrinal, Boumedine, qui a concentr tous les pouvoirs, ne
saurait tre tenu pour responsable dun bilan objectivement ngatif
car
il na fait que prolonger le nationalisme populiste dont il na t
que
le continuateur , nous explique M. Mebroukine. Et nous qui pensions
que
les grands hommes dtat sont ceux qui savent arrter les drives pour
imprimer lHistoire les rythmes et les objectifs politiques qui la
sortent des marcages o lont fourvoye dautres. Autant tre clair,
je
ne connais pas M. Mebroukine et je ne sais pas ce qui lui a valu
dtre
emprisonn. Du reste, son nom importe peu. Lintrt de son
intervention cest de rvler cette rflexion hmiplgique propre aux
intellectuels organiques du parti unique qui nantise tout ce qui peut
apporter un clairage autonome non conforme aux dogmes officiels. M.
Mebroukine, qui fut, entre autres, conseiller de la prsidence, impute
lopposition dmocratique la rgression civique et politique du pays.
Il
ne sait pas quun tat durgence paralyse toute manifestation
publique,
il ignore superbement les fraudes lectorales qui sont le premier et
le
plus grave des dtournements et feint de ne pas connatre les ravages
de
la censure des mdias lourds. Rien que pour les six derniers mois, le
RCD a organis au mois doctobre 2009, une universit dt pendant
deux
jours rassemblant 617 participants avec les animateurs venant de 6
pays.
Au mois de novembre suivant, nous avons rassembl 700 jeunes issus des
quatre coins dAlgrie pour dbattre de la situation de la jeunesse.
Le
6 mars dernier, le Rassemblement a initi une journe dtude qui a
regroup 850 femmes autour du statut personnel dans les pays de
lAfrique du Nord avec des personnalits algriennes, tunisiennes et
marocaines. (Il faut esprer au passage que ce volume dactivit
rassure
Monsieur Kafi qui semblait sinquiter de la situation du RCD.) Au
mme
moment et dans le mme site, se tenait une runion du comit central
dun parti satellite du pouvoir compos dune quarantaine de membres.
Radios et tlvision ont consacr leur journal de 20 heures ce
groupuscule et pass sous silence toutes les activits du RCD. On ne
croit pas savoir que M. Mebroukine, revendiquant apparemment une
certaine prsence intellectuelle, se soit mu de ce que les ambassades
algriennes aient refus de dlivrer des visas aux invits du RCD.
Nous
ne lavons pas, non plus, entendu exprimer une opinion, un commentaire
et encore moins une condamnation lorsque le maire de la capitale,
menant
une bande de dlinquants, attaqua le sige national du RCD lors de
llection prsidentielle, etc. Les abus, les agressions, les fraudes
dont est victime lopposition seraient pour M. Mebroukine des vues de
lesprit. Oui je le redis comme je lai crit dans mon livre, ce qui
pose problme avec certains intellectuels algriens cest moins leur
dmission que leur vassalisation. La symbolique de ltat dvoye Pour M. Ali Kafi, lanalyse de limpasse algrienne renvoie une
interprtation politique rigoureusement inverse de celle de M.
Mebroukine. Le drame de lAlgrie serait d un Boumedine,
lengagement patriotique tardif et quelque peu suspect, qui a trahi
Boussouf son tuteur, dont M. Kafi nous dit quil tait son relais
attitr lintrieur. Lancien patron du MALG serait en quelque sorte
un gant de lhistoire auquel Boumedine na pas laiss le temps de
finir le travail. Je ne mattarde pas sur les garements de M. Kafi
qui
ergote sur un Amirouche tremblant de peur dans sa djellaba et qui
nhsite mme pas convoquer Abane quil qualifia nagure de tratre
la nation pour les besoins de son attaque. Tout en dvoilant les
murs
politiques du milieu, M. Kafi nous dlivre sa pense profonde quand il
dclare que si Amirouche tait vivant, il gorgerait son fils et
Sad
Sadi. Cette sous-traitance posthume nest rien dautre quun appel
au
meurtre. Le vernis du responsable qui clame navoir jamais attent
la
vie dun homme pendant la guerre est mis mal par ses pulsions
intimes.
M. Kafi, implicitement soutenu par des historiens, me somme darrter
de
moccuper de lhistoire politique de mon pays au motif que je suis
psychiatre et non historien. Sil pouvait prendre un peu de distance
par
rapport ses propos et aux torrents dindignit inspirs ou
directement
dverss par le segment noir du MALG depuis la sortie de mon livre, il
comprendrait que pour approcher lhistoire de notre pays il vaut mieux
tre un peu psychiatre, tant sont complexes et dangereux laffolement
et
la fureur qui se sont empars du srail depuis deux semaines. Je
ninsiste pas, non plus, sur les procs en sorcellerie instruits par
tous ceux qui se croient obligs dhypertrophier leur patriotisme en
temps de paix pour faire oublier leur retrait ou leur fuite un
moment
ou un autre des priodes dcisives de la vie nationale. Les patriotes
sonores ont en gnral plusieurs nationalits, autant de comptes en
banque et de choses cacher ou se faire pardonner. Les citoyens qui
daignent commenter ou mettre un avis dans leur pays sur une guerre de
libration confisque, falsifie, et honteusement exploite des fins
bassement matrielles sont effectivement leurs ennemis. Ce qui est
vraiment inquitant dans les ruades de M. Ali Kafi, cest cette
effronterie contester des faits indubitables. Reprenons point par
point ses allgations : La runion interwilayas de dcembre 1958 en Wilaya II M. Kafi assure quil ny avait que trois chefs de wilaya
(Amirouche,
Bougara et Hadj Lakhdar) cette rencontre. Il soutient que le colonel
Haous na pas particip et alla mme jusqu insinuer, dans des
passages de son livre, que Lotfi a boycott le rendez-vous, suggrant
que le colonel de la Wilaya V se serait associ avec lui pour refuser
de
rpondre linvitation dAmirouche. Je publie dans mon livre en page
432 un document sign par les quatre responsables, dont le colonel
Haous, adress au GPRA la fin de la rencontre pour dnoncer
lescapade de M. Kafi. Ou Ali Kafi est trahi par sa mmoire, o il
remet
volontairement en cause un document dtenu par le GPRA pour les
besoins
de sa propagande. Par ailleurs, le colonel Lotfi, quAli Kafi navait
jamais rencontr jusque-l, avait envoy un message dexcuses dans
lequel il dit ne pouvoir rejoindre ses pairs, tant en mission
ltranger. Ce qui, du reste, savra tre vrai par la suite. Le
colonel
Lotfi, officier la rigueur morale exemplaire, tait dj en
difficult
avec les tats-majors est et ouest dont il sera une victime indirecte
quelques mois plus tard aprs lexcution dun de ses officiers au
Maroc, le capitaine Zoubir. Quand un homme nie des faits aussi
clairement tablis, on devine toutes les liberts quil sautorise
avec
la vrit historique, surtout lorsquil sagit dvnements non
consigns par crit. Toujours propos de la runion interwilayas, M.
Kafi, se posant en chevalier du pacifisme, invoque la Bleuite pour
expliquer son refus de participer la runion de ses collgues
gorgeurs. Largument ne saurait tre recevable.
Un mois auparavant, en novembre 1958, le colonel Amirouche stait
rendu
en Wilaya II pour une runion avec Ali Kafi au cours de laquelle ils
ont
discut des modalits de la rorganisation de la lutte, dentraide et
de
communication entre les wilayas. Par ailleurs et comme dautres
rgions,
la Wilaya II a excut des hommes, qu tort ou raison, elle
suspectait de compromission. Les procs-verbaux de cette rencontre
existent, moins quil sagisse, l encore, de faux documents, dont
certains sont publis par Ali Kafi lui-mme. En vrit, et il suffit
de
lire les comptes rendus de sance et le rapport du colonel Amirouche,
pour dcouvrir que la runion de dcembre 1958 avait des objectifs
bien
prcis. Il sagissait de faire une valuation gnrale des combats sur
le terrain, dinterpeller un gouvernement qui, abandonnant les maquis,
se laissait dangereusement dborder par le MALG et les responsables
des
troupes des frontires, lpoque solidaires, et dj engags dans
les
spculations daprs-guerre. Il fallait aussi demander ce que les
liaisons radio entre les wilayas ne soient plus sous tutelle exclusive
de Tunis. Toutes choses dont ne voulait pas entendre parler Boussouf.
Mais, aujourdhui que M. Kafi avoue tre son reprsentant privilgi,
on
comprend mieux son absence et son scoop peut aider mieux dcoder un
certain nombre dvnements. De la gestion des transmissions : M. Kafi dclare que Boussouf lavait dsign comme responsable
exclusif des transmissions vers lintrieur. Au passage, on peut se
poser la question de savoir pourquoi un colonel dune wilaya devrait
centraliser son niveau les communications radio. Si cela devait tre
tabli, nous tiendrions l, dun point de vue historique, une vraie
information, quand bien mme aucun dirigeant algrien na fait tat,
ce jour, de cette dlgation. Mais le propre du systme Boussouf
nest-il pas de faire et de dfaire les organigrammes de faon
souterraine ? Cependant, ici encore, la rvlation de M. Ali Kafi est
prise en dfaut par la ralit. Quand il dit quil a t charg de
contacter Amirouche pour linformer de la runion des colonels qui
devait se tenir en avril 1959, il affabule. Faute de le renvoyer mon
livre quil avoue navoir pas lu et quil conseille de ne pas lire, je
lavise, malgr tout, que jy ai publi le message du COM
(Commandement
oprationnel militaire) envoy le 19 janvier 1959 9h30 la Wilaya I
(Aurs Namemchas) titr : Message ultra secret et se terminant par
cette recommandation : prire envoyer mme message au colonel
Amirouche.
Ne sommes pas en liaison radio avec lui. Contrairement ce quavance
Kafi, ce nest pas lui qui a t charg de contacter Amirouche mais
bien
Hadj Lakhdar, responsable de la Wilaya I. Je pose dans mon livre deux
questions : - Pourquoi passer par la Wilaya I pour contacter Amirouche
alors que la Wilaya III disposait encore dun poste radio sur les deux
qui lui avaient t octroys en aot 1958 ? - Pourquoi les services de
Boussouf pouvaient-ils toucher les Wilayas I et II mais pas les
Wilayas
III et IV ? Compte tenu de la redoutable performance des services
dcoute de larme franaise, il est vident qu chaque fois que
lon
augmente le temps dmission ou que lon multiplie les relais, il y a
plus de risque que lennemi capte un message. Le seul envoi ayant
transit par la Wilaya II concerne celui qui a t adress au groupe
des
dissidents de Kabylie en octobre 1959 quand ils ont t somms de se
mettre sous les ordres de Mohand ou Lhadj, promu colonel de la Wilaya
III aprs la mort dAmirouche. Or, lpoque Ali Kafi se trouvait
lextrieur o il restera jusqu lindpendance. Emission et acheminement de documents : M. Kafi nie le fait que Krim Belkacem ait envoy un message radio
sur lAkfadou Tahar Amirouchene dont il dit quil tait menac par
Amirouche pour avertir le colonel de la Wilaya III des fuites qui
suintaient des services du MALG quant la fiabilit des codes
utiliss
et la multiplication du nombre dmissions. Il explique que Krim
Belkacem, qui tait dans le maquis depuis 1947, savait trs bien quun
tel message pouvait tomber entre les mains de lennemi. A croire M.
Kafi, le FLN/ALN ne transmettait aucun message et aucun document
lintrieur du pays. Mme lorsquil sagit dune information vitale
comme celle de demander un colonel de changer de chemin. Les acteurs
qui ont reu et essay de faire parvenir le message de Krim Belkacem
Amirouche sont vivants. Enfin, il faudrait que M. Kafi nous explique
comment a-t-il transmis, lui, la foultitude de correspondances quil a
publies dans son livre ? Non seulement les documents circulaient mais
Amirouche avait fait de lcrit, en dpit de tous les risques, une
exigence. Et cest bien ce qui gne ses dtracteurs aujourdhui. Dans
la
plupart des cas, on peut trouver des traces crites des analyses et
des
dcisions du colonel de la Wilaya III. Sur ces fameux messages
utiliss
pour guider Amirouche, nous en sommes, depuis la sortie du livre,
quatre versions. Le ministre des Moudjahidine, faisant parler un
ancien
maquisard Bou Sada, nous informe que lennemi a capt les messages
mis par Amirouche. M. Benachenhou nous donne deux lectures ; lune
contredisant lautre. Enfin, il y a la dernire annonce de M. Kafi
qui,
confond sa wilaya et la wilaya des Aurs qui a reu la convocation
adresse Amirouche. La libration de la parole finira bien par
imposer
la vrit. Quant dire que Tahar Amirouchne, qui tait en parfaite
symbiose avec son colonel, tait menac, cela relve autant du ragot
que
de lintrigue. Jai consacr un dveloppement la densit de cette
relation qui liait les deux hommes et la confiance qui la soude.
Il
appartient aux maquisards encore en vie de tmoigner sur ce que tous
ont
vu et vcu comme une relation exceptionnelle. Mme si M. Kafi naime
pas
lire, je lui conseille de prendre connaissance de lhommage publi par
la Wilaya III aprs la mort dAmirouche. Il fut rdig par Tahar
Amirouchne et arrache aujourdhui encore des larmes ceux qui se
souviennent de lui. Documents produits dans le livre : M. Kafi a dcid que je nai pas pris la prcaution den vrifier
lauthenticit. Parmi ces documents, certains sont indits et dautres
ont t dj publis par des historiens que M. Kafi connat trs bien.
Pourquoi une pice seraitelle suspecte ds lors que cest moi qui la
porte la connaissance du public ? Bernard Kouchner serait-il
incapable
de manipuler ses amis ou ses proches ? Ces documents sont toujours
disponibles, il est facile M. Kafi et tous les Algriens, soucieux
de soustraire notre histoire aux manipulations, den vrifier la
vracit. Congrs de la Soummam : M. Kafi conteste la nature et la porte de cet vnement
historique.
Il en dduit mme que cest partir de l que la Rvolution
algrienne
a entam sa rgression ! Cest une opinion. Mais quand M. Kafi dit
navoir jamais dclar quil tait congressiste, il devrait se relire
un
peu plus souvent. Dans son livre autobiographique, il crit le
contraire. Pour expliquer son renvoi du congrs au troisime jour par
Zighout Youcef, il affirme avoir t missionn pour rceptionner un
largage darmes par un avion venant de Tunisie. Aucun membre du
congrs,
et plus tard aucun membre du GPRA, aucun membre du CNRA ou de
ltat-major na entendu parler de cette mystrieuse mission. Je donne
dans mon livre lavis dexperts sur les parachutages darmes dans les
guerres rvolutionnaires. Tous sont daccord pour dire que lon ne
recourt pas au parachutage dans les rgions limitrophes des pays
pourvoyeurs en armement. Or, nous sommes en aot 1956 et la ligne
Morice
ne sera difie que bien aprs. Si la dlgation extrieure du FLN
avait
des armes faire parvenir au Nord-constantinois cette poque, la
meilleure manire et t de les acheminer par voie terrestre. La
question reste entire. Il faudra que M. Kafi trouve un autre argument
pour justifier la dcision de Zighout. Autant de contrevrits
assumes
de manire aussi effronte donnent la mesure de la violence, des
complots et autres crimes qui ont marqu la vie souterraine de la
guerre
et de lurgente ncessit de se pencher sur notre histoire et dont
nous
devons parler, non pas pour juger X ou Y, mais pour doter notre pays
dinstances o le dbat transparent et le consensus permettent
dorganiser loyalement la reprsentation populaire pour traiter les
problmes de nos concitoyens. Lenttement assumer avec une
invraisemblable outrecuidance la dsinformation un demi-sicle aprs
la
guerre montre bien que cest la confiscation de lhistoire qui est la
mamelle de la rente. Comme beaucoup dacteurs avant lui, M. Kafi a
omis
ou tritur des vrits drangeantes et il est mme all jusqu
diffamer
des martyrs. Depuis, il a occup les fonctions de chef dtat, cette
charge lui interdit de recourir au mensonge, surtout quand il sagit
de
la mmoire de la nation. Il nen demeure pas moins quil faut
reconnatre M. Kafi une chose : il est, pour linstant, le seul
responsable algrien avoir admis et condamn la squestration des
restes dAmirouche et de Haous, mme si lon est en droit dmettre
quelques doutes quand il affirme navoir dcouvert ce crime que ces
derniers temps. Le fils du colonel Amirouche na pas cess de dnoncer
cette squestration et de demander des explications. Il a envoy des
correspondances toutes les institutions avec copie lOrganisation
nationale des moudjahidine (ONM) dont M. Kafi fut secrtaire gnral.
Nordine At Hamouda a mme t arrt en 1983 pour cela aussi. Pour
lessentiel, ce qui a motiv lcriture de ce livre cest cette
squestration, sacrilge national ; dont ne veut toujours pas entendre
parler le segment noir du MALG qui, en bon lve du KGB, svertue,
jusqu en tre ridicule, viter de rpondre la seule question
pose. Qui a squestr les ossements des deux hros ? Pourquoi cette
forfaiture a-t-elle t commise ? Quen pensent les dirigeants actuels
?
Pour linstant, les camarades nont toujours pas entendu parler du
dossier. Ils ne peuvent donc pas rpondre. Mme tardive, la sortie
dAli
Kafi est, de mon point de vue, symboliquement importante. Il me tenait
cur de le dire. Lirruption des historiens Viennent de paratre les commentaires de 3 historiens sur le
livre.
Je note quaucun dentre eux na mis une remarque sur son contenu.
Deux
dentre eux ont cependant relay la litanie des jugements qui
disqualifie lhomme politique dans le traitement de faits historiques
en
invoquant leur tour les risques de manipulations. La proximit de la
sortie de M. Kafi et ces interventions interpellent. La colre feinte
de
lancien prsident du HCE contre les historiens cache mal la
similitude
de largumentation. Il sen est mme trouv un qui a repris mot pour
mot
linvective de lancien responsable de la Wilaya II quand il dit que
les
manipulations de la France risquent davoir pes sur la construction
du
livre comme elles ont induit en erreur Amirouche. Je pose une question
innocente : qui du politique ou de lhistorien a inspir largument de
lautre ? Ces historiens ont cependant raison sur une chose : il est
temps que les universitaires smancipent de leurs coteries
politiques.
Il est aussi temps que lcriture de lHistoire algrienne soit
libre
des hgmonies idologiques ou intellectuelles qui la mutilent
aujourdhui encore. Jai rapport dans mon livre quelques drapages
thiques qui attestent que les tentatives de manipulations ne sont pas
toujours l o on le croit. Est-il inutile de rappeler que pas un
universitaire, historien ou autre, na abord, ni sur le plan thique
ni
dun point de vue scientifique, la question de la squestration. Cela
aussi, cest de lHistoire. Des politiques marocains ont parl de
Hassan
II, des Tunisiens ont abord le cas de Bourguiba, Alain Peyrefitte,
qui
fut ministre de De Gaulle, a produit une remarquable biographie de son
prsident. Pour une raison qui mchappe et qui vient dtre appuye
par
des historiens, opportunment interpells par M. Kafi, je serais en
situation de contravention morale en crivant sur Amirouche. Est-ce le
martyr, lauteur ou la thmatique qui drange ? Est-il draisonnable
de
penser que cela peut tre les trois ? Le MALG sort de lombre On annonce enfin la raction du MALG. Une commission est mme mise
en place ! Le montage risque dtre dlicat. Les interventions
chaotiques de M. Benachenhou seraient donc une production potique
indpendante de son cercle originel. Ceux qui croyaient que le segment
noir du MALG pouvait lcher sa proie, aprs la dernire contribution
o M. Benachenhou essaya de relativiser la brutalit de ses premires
dclarations, en seront pour leurs frais. Les incohrences dans
lesquelles il se dbat et la violence inoue avec laquelle il rpond
M. Rachid Adjaoud, que jai vu pleurer lvocation des turbulences
de
la Bleuite, montrent comment une secte peut pousser loutrance sinon
loutrage un des siens quand elle est accule subir la lumire.
Ecrire
quAmirouche est un tre hors du commun et dclarer le lendemain que
cest un criminel de guerre illustre quel point les barbouzes
veillent ce que le dbat soit touff et comment les parrains
rattrapent un des leurs quand il se laisse gagner par le remords. Il
faut que les inspirateurs de cette diatribe soient bien affols et
quils se sentent menacs dans leurs intrts vitaux pour perdre le
minimum de retenu qui sied toute expression publique. Lexplosion de
fureur publie dans le Soir dAlgrie le 10 mai a le mrite de
dmontrer, au cas o il y aurait encore un doute, qui a donn et
squestr Amirouche et Haous. Les mdecins appellent cela un
diagnostic
post mortem. Pourquoi et comment le pays est trangl par une minorit
de prdateurs depuis lindpendance ? Mme loigns du pouvoir formel,
ils gardent les liens et surtout imbibent ltat de leurs murs,
vritables toxines qui conditionnent le fonctionnement des grands
rouages institutionnels. Boussouf seul ne pouvait pas dtourner les
dynamiques de Novembre et de la Soummam. Boumedine seul navait ni la
lgitimit ni le crdit pour sopposer au GPRA. Cest la synergie des
deux qui a fait que le pire sest impos au destin dun pays qui
aurait
pu tre la Californie de la Mditerrane occidentale. On a dj dit,
juste titre, quen politique, pour le meilleur comme pour le pire
dailleurs, un plus un font plus de deux. Le responsable de larme
des
frontires a fini par avoir raison de son protecteur, le patron du
MALG.
Les deux sont aujourdhui morts. La ncessit de poursuivre cote que
cote la lecture de notre histoire simpose, non pas pour accabler les
deux hommes, mais pour empcher leurs clones de perptuer une pratique
politique qui risque de dsintgrer la nation. Et maintenant Il se dit que ces activistes des tnbres, noyautant les
institutions, veulent entretenir linvective pour enrayer le dbat et
permettre leur tuteur officiel dintervenir encore une fois pour
dcrter que la discussion, otage des extrmismes , doit sarrter.
La
manuvre a t dj teste sur le dossier du terrorisme. On sait ce
quil en a cot au pays. toujours occulter la vrit, refuser
la
justice de suivre son cours, on a fait de lAlgrie un volcan. Jai
veill ce que mon livre traite des vnements qui ont entour la
mort
et la squestration des colonels Amirouche et Haous sans complaisance
ni colre parce que le silence qui entoure ces deux vnements est
politiquement et symboliquement symptomatique du naufrage de la
nation.
Il est vital que les enfants dAlgrie se saisissent de cette
opportunit pour ne plus laisser les dtrousseurs de mmoire, qui sont
aussi les semeurs de haine, ruiner leur pass et miner leur avenir.
Dans
ce dchanement de panique, de violence et de mensonges, un homme ma
adress un message public minvitant continuer dcrire ce que je
crois tre utile pour mon pays. Cest suffisamment rare pour tre
relev
et salu. Quil sache que pour moi une voix exprimant une conscience
libre est plus audible que les vacarmes de la meute. Pour linstant,
on
observe quun livre a suffi branler la citadelle. On dcouvre que
le
systme politique, avec ses prbendes, ses normes et ses mthodes,
nest
pas rductible la sphre du rgime. Les ractions enregistres
jusque-l me rappellent trangement lhystrie qui a suivi avril 1980
quand certains demandaient nos ttes au motif que nous avions attent
la Charte nationale pendant que dautres, idologiquement aux
antipodes
des premiers, en appelaient au chtiment suprme car nous avions
brl
le drapeau et le Coran. Notre histoire bgaie. Essayons de la faire
parler. Librement.